UN PLUS GRAND LAC 

ARTISTES








« Pour rêver la puissance, il n'est besoin que d'une goutte imaginée en profondeur. L'eau ainsi dynamisée est un germe ; elle donne à la vie un essor inépuisable. »
         
Gaston Bachelard, L’eau et les rêves.


Lorsque Richard Dawkins développe, en 1982, le concept de « phénotype étendu » à partir de l’observation de structures façonnées par les animaux, il vient repenser notre capacité d’agir sur le monde. Il ancre sa théorie de l'évolution non pas sur la reproduction des espèces mais sur l’expression de ses gènes. Selon lui, le développement des organismes par le biais de la sélection naturelle passe aussi par leur capacité à modeler leur environnement suivant un processus d'ingénierie écologique. La toile tissée par l’araignée peut alors être envisagée comme « l’expression de ses gènes au-delà de son corps », représentation physique qui s’incarne dans l’espace et lui permet d’influer sur ce qui l’entoure.

À l’aune des travaux de quinze artistes de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris et de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, le collectif de commissaires espace projectif a fondé sa réflexion sur cette notion biologique du phénotype étendu. Celle-ci constitue une modalité de compréhension possible des gestes dont ces artistes usent pour faire face à la nécessité de s’acclimater à leur environnement. S’engageant dans un monde professionnel connu pour sa précarité, ils produisent ainsi des œuvres qui apparaissent comme des moyens d’adaptation ; autant de stratégies pour appréhender le territoire qu’ils habitent, pour se l’approprier, le renouveler, l’investir, voire le remodeler pour s’en faire un allié. Ainsi, l’environnement peut se concevoir comme une émanation qui découle des relations entre objets inanimés et entités vivantes. Les artistes s’attachent alors à créer des formes qui miment les mécanismes des micro-organismes vivants ; des extensions de leur propre corps ou de leur personnalité ; des pièces nomades qui leur permettent de déjouer les règles dictées par un espace normatif ; des actes fugitifs, ironiques, subversifs, silencieux ou éphémères qui s’insèrent parfois timidement ou audacieusement dans le tissu social. Ils s’attaquent également aux discours, épuisant le langage familier et quotidien pour le détourner et le parasiter. Les œuvres présentées prennent la forme de propositions invoquant tour à tour l’artificialité ou le simulacre, et soulèvent des réflexions en lien avec la biologie, l’hybridation, le nomadisme, le langage ou encore la ruse.

Les œuvres exposées par espace projectif sont autant de nids d’oiseaux, de toiles d’araignées et de barrages en ce qu’elles constituent l’expression de leurs gènes au-delà de leurs corps. Elles sont pour les quinze artistes des clés de compréhension d’une société normative, à laquelle il paraît complexe d’échapper. S’abstenant de rentrer dans le rang ou d’adopter une stratégie de résistance profondément marginale, ils proposent des alternatives entre acceptation et déraillement face au système établi. En quête d’un plus grand lac, les artistes imaginent des espaces leur permettant de « faire avec » la société qui les entoure. En repensant nos interactions avec notre habitat, cette exposition est née d’un printemps aux échelles bouleversées, où la plus insignifiante des particules infectées nous a appris la puissance considérable de ses échos. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, les artistes réunis par le collectif espace projectif envisagent toutes les possibilités d’investir et d’habiter l'environnement, au sein d’une exposition où le sidéral côtoie la trivialité du quotidien.





Du 3 au 25 octobre 2020 aux Magasins généraux

1 rue de l’Ancien Canal, 93500 Pantin





Créé en 2020, le collectif espace projectif réunit douze jeunes curateurs. Nous cherchons à promouvoir des artistes émergents et à travailler conjointement avec ces derniers à la création d’expositions ouvertes au grand public. Le collectif souhaite mener une réflexion sur l’art contemporain sous forme d’expositions mais aussi de publications et de conférences, avec pour objectif l’ouverture de la jeune création au plus large public possible.
 

Les membres :

Camille Velluet
Élisa Nicot
Fabian Gröning
Francesca Maltagliati
Grégoire Pastor
Laura Weber
Lila Torquéo
Mathieu David
Nadia Jolivet
Sarah Lolley
Simon Grainville
Valentina Ulisse






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espaceprojectif@gmail.com





avec le soutien de la Commission FSDIE
Soutien aux projets étudiants de Sorbonne Université 


L’identité visuelle d’espace projectif a été réalisée par Cyril Pitet 
https://cyrilpitet.myportfolio.com


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